Protection

Protection des enfants : Conflits armés et éducation – une crise cachée

image2-19La protection contre les violences, l’exploitation et les abus est capitale pour la survie et le développement de l’enfant. Les effets des conflits armés sur l’éducation sont largement négligés. Or, il s’agit d’une crise cachée qui renforce la pauvreté et freine le développement des pays. On estime à 28 millions le nombre d’enfants privés d’éducation en raison des conflits armés. Ceux-ci sont exposés en particulier aux viols, aux violences sexuelles et aux attaques ciblées contre leurs écoles et leurs enseignants.

L’éducation, un secteur négligé depuis longtemps par les interventions humanitaires selon certaines organisations humanitaires, est de plus en plus considérée comme essentielle en périodes de crises ; pourtant les bailleurs restent réticents à financer ce secteur, en partie parce qu’ils estiment qu’il ne permet pas de sauver des vies. Les urgences limitent gravement l’accès des enfants à l’école. Ainsi, plus de la moitié des enfants du monde qui n’ont pas achevé le cursus primaire vivent dans des pays touchés par les conflits armés.

Un enfant réfugié en Afrique rurale a une chance sur 16 de fréquenter un établissement secondaire, et pour les enfants déplacés à l’intérieur de leur pays, les chances sont encore plus faibles, selon un rapport mondial sur l’éducation en situation d’urgence, publié en 2006 par la Commission des femmes pour les femmes et les enfants réfugiés.

L’éducation permet-elle de sauver des vies ?

Dans certains cas, l’éducation peut directement sauver des vies, surtout quand elle permet de préparer les enfants à éviter les crises ou à en atténuer les conséquences. On peut enseigner aux enfants les dangers des mines terrestres, leur apprendre quoi faire en cas de tremblement de terre, ou apprendre à nager aux enfants qui vivent dans des régions sujettes aux crues.

Pendant une épidémie, de choléra ou de malaria, par exemple, diffuser des messages importants sur la santé et l’hygiène ou informer les familles qu’elles doivent immuniser les enfants permet de sauver des vies, comme c’est le cas lorsqu’on donne aux enfants associés à des forces armées d’autres choix que celui du combat.

image1-16

En outre, l’éducation permet de protéger les enfants des préjudices physiques, de l’exploitation et de la violence, Un jeune garçon âgé de 12 ans, auparavant associé aux forces armées de République Démocratique du Congo (RDC), a ainsi confié que sans éducation, il continuerait à « arpenter les sentiers de la mort ». C’est seulement au fil du temps que les propriétés vitales de l’éducation deviennent indirectes et évidentes.

Le Collectif ALPHA UJUVI mène des projets visant l’accès à une éducation d’urgence de qualité et adapté aux enfants déplacés et en famille d’accueil dans un environnement sain et protecteur dans les territoires du Nord KIVU en proie à des crises et des conflits. Plus de 60 000 enfants ont ainsi bénéficié de ces actions avec le soutien de l’UNICEF et du PNUD à travers le Pooled Fund RDC.

Lutte contre les violences faites à la femme (SGBV)

Revalorisation de la dignité de la femme

Malgré l’attention internationale accrue portée à la question des violences sexuelles en RDC, l’impact est encore moindre pour la plupart de femmes vulnérables à ce problème, qui n’ont pas encore vu leur vie s’améliorer. Dans la mémoire collective des congolais, restent gravées les guerres cycliques, les nombreuses agressions contre la RDC avec comme toile de fonds l’atomisation du pays dans ce qu’allait être son implosion. Plusieurs centaines de milliers de femmes et de filles victimes des violences sexuelles, deux millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays sans compter les millions de réfugiés.

Les violences sexuelles ont été utilisées comme arme de guerre pour humilier les Congolais, notamment au cours des guerres menées à l’Est de la RDC et sont décriées par la population congolaise, les institutions du pays et la communauté internationale depuis plus d’une décennie.

Les femmes et les filles sont en effet livrées à la prostitution, soumises à l’esclavage sexuel, aux mariages et grossesses forcés, conséquences de l’apprentissage de l’utilisation des violences sexuelles comme arme de destruction massive par les troupes d’agression sous le commandement des hommes armés.

Les femmes et les jeunes subissent des violences même dans leur cadre plus intime de la famille. Ainsi, l’espace prétendu sécurisér du foyer familial est devenu de nos jours la scène de violences graves et d’abus sexuels. Dans les milieux professionnels et scolaires, et cela en plus d’autres formes d’exploitation, elles sont souvent victimes de harcèlement sexuel, de viols et d’autres formes d’abus.

Une approche particulière pour mettre fin au phénomène des violences sexuelles.

L’apport du Collectif Alpha Ujuvi dans la lutte contre les violences sexuelles s’inscrit dans le cadre de la revalorisation de la dignité de la femme qui a perdu son sens au cours des dernières décennies. L’originalité de l’approche du Collectif Alpha Ujuvi est de prévenir et répondre aux questions des violences sexuelles faites à la femme à travers l’alphabétisation conscientisante.

Pendant les séances d’alphabétisation qui se déroulent dans les cercles ayant comme point de départ l’analyse du contexte, les femmes partagent des questions de leur vie quotidienne dans les communautés. C’est à ce moment que les femmes se confient aux autres en présence de la facilitatrice du cercle d’alphabétisation.

Découvrant que ces cas de violences sexuelles ne sont point des cas isolés et que les victimes sont à prédominance analphabètes, le Collectif Alpha Ujuvi a initié le programme « Fazila » par son module « KUSOMA, KUANDIKA, NA KUHESABU, FAZILA ZIKOMESHE UBAKAJI » qui veut dire en français « Lire, Ecrire et Calculer : par les valeurs positives bannissons les violences sexuelles » .

Le choix de l’activité de post-alphabétisation dépend de la volonté des apprenants. La réinsertion socio-économique contribue au retour de la victime dans la vie familiale et communautaire à travers des activités productives et génératrices des revenus ; ainsi la victime récupère son ancienne place dans la famille ou dans la communauté.

Les femmes survivantes aux violences sexuelles transformées en actrices dans la lutte contre ce phénomène.

L’expérience nous a enseigné qu’il faut tenir compte de la réalité ou du contexte social dans lequel les apprenants vivent. Groupées par secteurs d’activités et d’intérêt communs de leurs choix, les femmes « Fazila » ont constitué les groupes suivants:

  • Fazila ZEZE, groupe culturel pour le plaidoyer et la sensibilisation contre les violences sexuelles faites à la femme
  • Fazila YA MAPAMBO, groupe de femmes spécialisées dans la décoration, l’ornement des salles de fêtes et spectacles de tous genres
  • Fazila YA UFUMI, groupe des femmes s’occupant de l’artisanat
  • Fazila YA UCHURUZI, groupe des femmes pratiquant le petit commerce informel.